- Mots interdits - partie 1 - #3

Affolé, il la chercha des yeux et la trouva entrain de marcher tranquillement sur le chemin menant au fin fond de la forêt. Il la rattrappa et marcha à ses cotés. Après de longues minutes de silence, ce fut elle qui prit la parole.

- T'ai-je tant troublé que tu ne dises rien?

Il ne sut quoi répondre. Sa voix était mélodieuse, son ton moqueur. Son rire le troubla plus encore.

- Tu veux ton bien?

Il se raidit et s'arrêta, elle en fit de même.

- Oui.
- Alors conduis-moi à ton père.
- Comment connais-tu mon père? Que lui veux-tu?
- Mes réponses ne t'apporteront rien. Conduis-moi à lui et tu auras ta bourse.
- N'as-tu rien appris au village? Il est mort il a de ça deux jours.

Son regard s'assombrit à l'annonce de cette nouvelle.

- Alors ce qu'on m'a dit est vrai. Retourne faire ton deuil, répondit-elle seulement avant de reprendre son chemin.
- Ma bourse.
- Pourquoi te la rendrais-je?
- Que veux-tu en échange?
- Tu n'es plus en mesure de me le donner.
- Je t'offrirai autant de pièces d'or qu'il te faudra.
- Ton or ne m'est d'aucune utilité.
- Alors je te la reprendrai de force.
- A ta guise, mais tu ne l'as trouvera pas sur moi... ni ailleurs... Tu sembles beaucoup tenir à ce qu'il y a dedans. Qu'es-tu prêt à faire pour la récupérer?
- Ce qu'il faudra.
- Je te la rend... Mais à une seule condition.
- Laquelle?
- Assure ma protection contre tous ceux qui voudront ma perte, quels qu'ils soient, tant que je serai sur tes terres et sans poser aucune question. Fais en serment.
- Je t'en fais le sermant. Maintenant rend moi ce qui m'appartient.

Elle lui présenta sa main, paume vers le ciel, avec la bourse dedans. Il la prit rapidement et l'attacha plus étroitement que nécessaire à sa ceinture. Enfin il prit le chemin de sa demeure. Elle se contenta de rabattre la capuche sur sa tête pour couvrir son visage, et le suivit quelques mètres en retrait, en silence.

# Posté le lundi 01 janvier 2007 14:51

- Mots interdits - partie 1 - #4

Ils arrivèrent, au bout de longues et nombreuses minutes, devant un château de petite taille et relativement massif. Lorsqu'ils furent dans la cour, la lourde porte s'ouvrit et une domestique assez âgée et vêtue de noir accueillit le maître de maison

- Il fait nuit depuis longtemps et monsieur rentre bien tard. Je m'inquiétais pour vous.

Yston enleva sa propre cape que la femme prit.

- Je ne te répéterai jamais assez de ne pas t'inquiéter pour moi Sohra, répondit-il avec douceur avant d'embrasser son front. Nous avons une invitée, prépare lui une chambre.

Elle s'approcha de la nouvelle venue pour prendre ses affaires de voyage mais celle-ci, le visage toujours caché par la capuche fit un pas en arrière. Perplexe, elle jeta un coup d'oeil à Yston qui lui répondit d'un signe de tête. Elle partit, l'homme, d'un geste de la main, invita l'étrangère à la suivre. Ce qu'elle fit.

Sohra emprunta un escalier en pierre, traversa un couloir éclairé à l'aide de chandeliers. Elle s'arrêta à l'une des portes, l'ouvrit et entra, suivie par la mystérieuse invitée. Elle sortit de la literie propre pour changer celle présente. Puis un feu fut allumé dans la cheminée qui se trouvait dans la pièce. Avant de partir, elle annonça qu'elle viendrait la chercher pour le repas. Elle s'attarda néanmoins sur le seuil de la porte, plus que jamais intriguée par la jeune femme qui se réchauffait les mains près du feu, dont elle n'avait apperçu que le regard flamboyant.

Quelques heures plus tard, Sohra frappa à la porte de la chambre. N'obtenant aucune réponse, elle décida d'entrer. Parmi les ombres qui dansaient, la femme se tenait face à la fenêtre, le regard perdu dans le paysage nocturne.

- Mademoiselle ?

L'interpelée se tourna vers la domestique qui fut elle aussi frappée par la beauté de la jeune femme. Elle ressentit admiration, jalousie et peur.

- Appelez-moi Méreydith.
- Le repas va être servi.
- Je vous suis.

La salle où se déroulait le repas était simple. Une table en chêne massif trônait en son centre, de simples chaises l'encadraient. Il y avait quelques tentures le long des murs et une cheminée où brûlaient quelques bûches.

- Je vous prie d'excuser monsieur, il a préféré manger seul. Ses jours sont durs depuis... ce que vous savez.
- Est-ce la peur ou la tristesse qui vous empêche d'évoquer la mort de l'ancien maître des lieux ?

Elle ne répondit pas et se contenta de servir un potage et une petite miche de pain à Méreydith. avant qu'elle ne parte, elle annonça simplement :

- Je vous apporterai des vêtements propres.
- Bien. Je serai dans la chambre.

Méreydith attendit patiemment que Sohra passe lui déposer les vêtements en question. Elle en mit un ou deux dans sa sacoche, par précaution, et pris ensuite une bougie qu'elle alluma et se glissa sans un bruit hors de la chambre. À pas feutrés, elle fit le tour des pièces. Enfin elle trouva une porte en bas de laquelle filtrait un faible faisceau de lumière.

# Posté le mardi 27 février 2007 05:45

- Mots interdits - partie 1 - #5

Elle l'ouvrit doucement et entra. Yston était assis sur un grand divan, un verre à la main, le regard perdu dans les flammes. Il sursauta lorsqu'elle referma la porte. Il ne la quitta pas du regard. Elle s'avança lentement, d'un pas gracieux, dans la pièce, observa ce qu'elle contenait à savoir une grande bibliothèque dont on se doutait qu'elle était composée de très importants et rares ouvrages.

- Mon père aimait étudier. Etudier de tout, surtout les plantes... Je me demande bien ce qu'il leur trouvait ! Certaines soignent selon lui... Et dire qu'il est mort.
- Votre peine est compréhensible.
- Tiens, tu me vouvoies maintenant.
- ...
- As-tu perdu tes parents ?
- On peut le dire.

Elle délaissa les ouvrages au profit du feu de cheminée.

- Comment l'as-tu connu ?
- Comment est-il mort ?
- J'avoue ne pas savoir exactement. Ilest tombé gravement malade, et en est mort. Si j'avais étudié les plantes comme lui, peut-être l'aurais-je sauvé.

Il avala une gorgée de ce que contenait son verre. Elle prit le pichet au liquide ambré et se servit. Elle goûta du bout des lèvres quelques gorgées.

- Elixir qui apaise la tristesse pour quelques temps, murmura-t-elle.
- À dire de telles choses tu finiras jugée.
- Peut-être.

Il passa les longs instants qui suivirent à détailler son invitée. Ses formes féminines et généreuses animaient en lui divers sentiments. Nul doute qu'elle devait tourmenter bien des hommes et s'attirer les foudres de bien des femmes. Pourtant, la pureté se dessinait à même sa peau, il se demanda si elle connaissait la vie ou si l'innocence l'habitait encore. La couleur de sa peau rappelait le sable doré du désert de Te'n'roa. De longs cheveux châtains ondulaient le long de son dos et encadraient les traits fins de son visage. La proximité du feu accentuait l'exotisme et la douceur qui se dégageaient d'elle. Un brin de mystère soulignait son regard.

# Posté le vendredi 02 mars 2007 08:02

- Mots interdits - partie 1 - #6

- Qui es-tu ?
- Méreydith.
- Raconte moi ton histoire.
- Raconte moi la tienne.

Chacun avait déjà bu plus d'un verre, quoique loin d'être ivres. Il se leva et se plaça devant elle. Entre ses doigts il prit une mèche de ses cheveux.

- Si mystérieuse...

Elle fit un pas en arrière et se mit à rire.

- Mystère, mystère, mystère, ... chantonna-t-elle.

Méreydith se mit à danser, à tournoyer avec grâce tout en riant. Elle tournait autour de lui, autour du divan, et sa jupe virevoltait avec elle. Puis elle s'arrêta devant lui, l'agrippa quelques instants pour rétablir son équilibre. Déjà le rose lui montait aux joues. Gravement elle lui dit :

- Serai-je plus mystérieuse quand je serai morte ?

Sans lui laisser le temps de répondre elle se remit à rire à gorge déployée.

- Tu ne devrais pas parler de la mort avec tant de désinvolture.
- La mort... C'est pourtant ce qui nous arrivera à tous. Moi plutôt que les autres. Sache que sans ton père je suis vouée à une mort certaine. Ces plantes comme tu dis, on des propriétés bien particulières, insoupçonnées, mystérieuses...

Elle se mordilla la lèvre et avança doucement vers lui, le dirigeant vers le divan.

- Ton père faisait bien des choses avec ses plantes, des choses dont tu n'as pas connaissances...

Sa voix devint basse, sensuelle. Les jambes du jeune homme rencontrèrent le divan. Maintenant elle susurait.

- ... Des choses étranges...

Il s'allongea dedans, et elle vint de placer à cheval sur lui, comme il l'avait fait plus tôt dans la journée.

- ... Des choses terrifiantes...
- Il faut être fou pour pratiquer...

Elle posa un doigt sur ses lèvres.

- Chut... Oserais-tu en prononcer même le mot ?

# Posté le vendredi 02 mars 2007 08:18

- Mots Interdits - Partie 1 - #7

/!\ Avertissement (ne connaissant pas l'âge des lecteurs, il y a un avertissement à cet article. Les phrases sont suggestives certes mais relativement implicite, à vous de juger)

Elle était de plus en plus désirable et son visage se rapprocher danregeusement. Elle mit sa tête en arrière et rit avec une certaine démence. Les yeux du chevalier s'attardèrent sur sa gorge puis descendirent vers son corsage. Les pires flammes brûlaient en lui, la passion mais aussi la peur. Dans les yeux de Méreydith, il décela une lueur qu'il ne sut déchiffrer. Sa gorge se noua. Elle posa ses mains à plat sur son torse et baissa son visage jusqu'à ce que ses lèvres soient à la hauteur de son oreille.

- Bien sûr que non, tu es beaucoup trop sage pour le faire. La reine juge et punit quiconque pratique cet art. C'est l'art du Mal.

Ces mots déclenchèrent en lui un frisson. D'une voix mal assurée il réussit à dire :

- Les forces du Mal le pratiquent. C'est grâce à la reine qu'elles n'ont pas franchi les frontières du royaume. Son interdiction protège nos âmes. Bientôt nous aurons la victoire sur les démons qui nous menacent.
- Bientôt... Cette guerre dure depuis près de deux siècles...
- Le monde extérieur à Char'la'tna regorge d'êtres malfaisants. Quand un tombe, un autre se lève et attaque.
- Eux qui sont si nombreux pourquoi ne s'allient-ils pas contre nous ? Pour nous détruire une fois pour toutes ? La reine, cette guerre ne dure-t-elle pas depuis qu'elle est là ? Elle semble être là depuis toujours... Qui était sa mère ?

L'alcool et son parfum lui faisaient tourner la tête. Il lui semblait sentir son coeur frapper contre sa poitrine. Elle aussi le sentait. Son désir se fit plus pressant, plus intense, il l'embrassa délicatement puis avec de plus en plus de fougue. Goût sucré, goût du danger... Elle se laissa faire. Lentement, il posa ses mains sur ses hanches et les caressa délicatement. Dans un même mouvement, sa main passa sous la jupe de la jeune femme pour caresser ses cuisses et il la renversa lentement pour se placer au-dessus d'elle. Brusquement elle se dégagea vivement et le gifla.

- M'aurais-tu pris pour une fille de joie ? Une de ses garces qui s'offrirait à toi ?

Sa colère déchaînait son regard.

- Ni toi ni un autre ne me possèdera !

Elle se remit debout et d'une traite finit son verre.

- Tu as bien trop peur pour prononcer ce mot, la pratique des mots interdits, moi non.

Son corps se raidit, elle leva les yeux au ciel, les bras tendus près du corps, paumes ouvertes.

- Magie, magie, magie ! MAGIE !

Il fut bientôt sur elle, l'empêchant de parler.

- Tais-toi ! On pourrait t'entendre.
- Qu'on m'entende pourvu qu'on...

Il la fit taire en l'embrassant brutalement. Elle s'échappa de son emprise. D'une langue étrangère, elle entama un chant. Yston ne bougeait plus, regardant Méreydith danser, le diable au corps. Ce fut la dernière image qu'il emporta d'elle lorsque Morphée vint le bercer. Quant à elle, la migraine ponctua son réveil. Quelque peu aveuglée par la lumière du jour et l'esprit embrumé, elle s'adressa à elle-même :

- Je n'aurais pas dû boire.
- Mademoiselle fait beaucoup de choses qu'elle ne devrait faire, répondit Sohr dont Méreydith ne découvrit la présence qu'à cet instant.
- Ne faites pas de moi votre rivale, cela ne vous apportera rien. Il est vrai que je me sers de lui mais une autre prendra place dans son lit.

Elles ne se quittèrent pas du regard : l'une pour juger la sincérité de l'autre et celle-ci par défi. Puis le visage de Sohra s'adoucit.

- Venez, il n'est pas convenable que vous restiez ainsi.

# Posté le vendredi 02 mars 2007 14:45

Modifié le samedi 03 mars 2007 10:53