Méreydith, à ces mots, se mit à rire, un rire méprisant. L'écho de toute sa mesquinerie se répercuta sur les murs, son regard était sombre et menaçant. Elle approcha son visage de celui de Loréh, elle pouvait sentir le souffle tremblant de celle-ci.
- Tu connais mon vrai visage, en es-tu sûre ? Ne te dresses pas en travers de mon chemin... Je n'ai aucun scrupule, tu n'as aucune idée de ce dont je suis capable...
- Crois-tu que je ne sois pas de taille à te tenir tête ?
- Absolument.
- C'est ce que tu crois.
Sur ce, Loréh agrippa fortement le bras de la femme et la força à la suivre. Celle-ci, extrêment affaiblie, essaya de se défendre en vain. Elles traversèrent ainsi une bonne partie du château et atteignirent une aile visiblement abandonnée. Loréh la précipita dans des escaliers étroits et escarpés qui descendaient dans les sous-sols. Méreydith découvrit avec stupeur qu'elle avait été conduite dans des cachots. Avant qu'elle n'ait pu réagir, Loréh la jeta sur le sol de l'un d'entre eux, referma la porte et s'appuya dessus en tentant de vérrouiller celle-ci. Mes ses mains tremblaient, elle fit tomber les clés. Méreydith donnait des coups dans la porte pour s'enfuir. Loréh ricana et la prisonnière se mit à hurler.
- Crie ma belle, vas-y crie. Personne ne t'entend d'ici. Tu crèveras en paix !
Elle se remit à l'ouvrage, mais la serrure avait subit les ravages du temps, ce qui lui donnait beaucoup de mal. Soudain elle entendit comme des murmures derrière la porte, sensiblement sur le même ton que ceux qu'elle avait perçu dans la bibliothèque, peu de temps auparavant. Puis elle sentit une force agir sur la porte qui s'ouvrit malgré ses efforts pour la garer fermée. Elle se recula, Méreydith, le teint blafard et la peau moite, sortit avec difficulté du cachot et posa un regard fiévreux sur sa geolière. Celle-ci sentit la peur lui glacer le sang mais la haine guidait ses actes. Elle apperçut sur le sol une planche de bois relativement longue. Lentement elle se baissa pour la ramasser puis la tint, en garde.
- Comment as-tu fait ? Tu es à bout de force.
- Tu me sous-estimes.
- Plus maintenant.
Elle leva la planche légèrement en arrière s'apprêtant à l'abattre sur la jeune femme. Elle resta quelques instants ainsi cherchant la peur dans le regard de sa victime. Mais celle-ci restait calme, sans émotion. Elle se tint, inspira un grand coup.
- Pose cette planche, dit-elle simplement.
- Si c'est une supplication, tu t'y prends mal. Ne lutte pas, ta mort n'en serait que plus douloureuse et lente.
- Ce n'est pas une supplication, c'est un ordre.
Ce fut au tour de Loréh de faire raisonner un rire méprisant.
- Crois-tu être en mesure de donner des ordres ?
- Crois-tu être en mesure de me menacer ? Pose cette planche.
- Non.
- POSE CETTE PLANCHE !
- NON !
Le souffle de Méreydith devint saccadé, elle baissa la tête et ferma les yeux. Loréh l'entendit de nouveau murmurer. Elle crut entendre des sortes de crachotements. Méreydith releva la tête et fixa intensément Loréh.
- Pose ça, maintenant, dit-elle sur un ton calme et posé.
Loréh s'exécuta.
- Maintenant, recule jusqu'au mur.
Loréh tremblait de peur, elle sursauta en sentant la pierre froide contre son dos.
- Tu es une murmurante !
- Quelle perspicacité ! Malheureusement, tu ne pourras pas révéler ce petit secret.
- Tu ne m'empêcheras pas de parler ! Plutôt mourir que couvrir une murmurante !
- Mais je ne t'empêcherai pas, tu le feras de toi même.
- Tu m'as...
Elle ne finit pas sa phrase. Méreydith lâcha un cri de douleur et tomba sur le sol, recroquevillée. Loréh paniquée, s'enfuit sans aucun regard derrière elle. Méreydith se mit difficilement sur le dos, cherchant à calmer sa respiration.
Tout se jouera cette nuit, au lever du soleil je saurai si ma quête est vouée à l'échec. Si tel est le cas, ma chute sera aussi la tienne.